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Ozempic et perte de cheveux : pourquoi ils tombent, et après ?

La chute survient souvent deux à trois mois après le début de l'amaigrissement, ce qui la rend difficile à relier à sa cause. Les notices la mentionnent, les dermatologues la connaissent de longue date sous un autre nom.

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  • Edouard Lefevre
Ozempic et perte de cheveux : pourquoi ils tombent, et après ?

Cela commence par la brosse, plus chargée que d'habitude, puis par la bonde de la douche. Le traitement a débuté au printemps, la balance a suivi, tout allait bien, et voilà qu'à la fin de l'été les cheveux tombent par poignées. La question arrive dans les cabinets et sur les forums sous une forme toujours identique : Ozempic et perte de cheveux, y a-t-il un lien ?

Il y en a un, mais il passe moins par le médicament que par ce qu'il provoque. Et il a ceci de déroutant qu'il se manifeste avec un trimestre de retard.

Perte de cheveux sous Ozempic, Wegovy, Mounjaro : trois notices, deux mentions

La perte de cheveux figure parmi les effets indésirables « fréquents » de Wegovy (sémaglutide) et de Mounjaro (tirzépatide), c'est-à-dire touchant jusqu'à une personne sur dix. Elle ne figure pas dans la notice d'Ozempic (sémaglutide), qui s'adresse aux personnes diabétiques et s'emploie à des doses plus faibles.

Le résumé des caractéristiques de Wegovy, publié par l'EMA, donne les chiffres des essais : une perte de cheveux a été rapportée chez 2,5 % des patients traités, contre 1,0 % de ceux qui recevaient un placebo. Trois précisions suivent, et elles comptent autant que le pourcentage. Les épisodes étaient en majorité légers. La plupart des patients se sont rétablis alors même qu'ils poursuivaient le traitement. Et la chute était plus souvent signalée chez ceux qui avaient perdu au moins 20 % de leur poids.

Du côté de Mounjaro, la notice précise que la perte de cheveux a été rapportée chez des patients traités pour le contrôle du poids. Autrement dit, là où l'on maigrit le plus.

Une chute à retardement, que les dermatologues appellent effluvium télogène

Le cheveu vit par cycles. Il pousse pendant plusieurs années, se met au repos quelques mois, puis tombe, chassé par celui qui le remplace. En temps ordinaire, les cheveux d'une même tête ne sont pas synchronisés, et la chute quotidienne passe inaperçue.

Un choc peut les mettre au pas. Forte fièvre, accouchement, traumatisme, hémorragie, stress intense, amaigrissement brutal : un grand nombre de follicules basculent ensemble en phase de repos. Rien ne se voit sur le moment. La chute survient deux à trois mois plus tard, quand tous ces cheveux arrivent en même temps au bout de leur cycle. C'est l'effluvium télogène, l'une des causes les plus courantes de chute diffuse, décrit dans une synthèse de la revue Cureus.

Ce décalage explique bien des malentendus : on cherche le coupable dans la semaine qui précède, alors qu'il faut remonter au trimestre d'avant. La chute est diffuse, répartie sur l'ensemble du cuir chevelu, sans plaque dégarnie.

La même synthèse apporte la partie rassurante. Dans sa forme aiguë, l'effluvium dure moins de six mois et régresse dans environ 95 % des cas. Le follicule n'est pas détruit, il a seulement changé de phase. La repousse se signale par de petits cheveux courts à la lisière du front.

Le précédent de la chirurgie de l'obésité

Bien avant les analogues du GLP-1, les équipes de chirurgie bariatrique observaient ce phénomène chez leurs patients. Une méta-analyse parue en 2021 dans Obesity Surgery, portant sur 18 études et 2 538 personnes opérées, estime qu'un peu plus de la moitié d'entre elles, 57 %, ont connu une chute de cheveux. Elle diminuait à mesure que le suivi s'allongeait, et touchait davantage les patients jeunes, les femmes surtout semble-t-il.

Nul besoin ici d'invoquer un médicament : ces patients avaient en commun un amaigrissement rapide et des apports alimentaires réduits. Les auteurs relèvent d'ailleurs que la chute allait de pair avec des taux sanguins plus bas de zinc, d'acide folique et de ferritine, la protéine qui reflète les réserves en fer.

La dermatologie générale dit la même chose. Dans une revue consacrée à l'alimentation et aux cheveux, publiée dans Dermatology Practical & Conceptual, l'effluvium télogène aigu est décrit comme un effet bien connu d'une perte de poids soudaine ou d'une baisse des apports en protéines.

Le médicament y est-il pour quelque chose ?

Personne ne peut l'affirmer aujourd'hui. Un article de synthèse publié en 2026 dans Dermatology and Therapy fait le point. Les signaux existent, surtout pour le sémaglutide et le tirzépatide, mais ils proviennent de bases de pharmacovigilance et d'études rétrospectives. Aucune étude prospective et contrôlée n'a été conçue pour répondre à la question, et le lien de cause à effet n'est pas établi. L'explication jugée la plus plausible par les auteurs reste la perte de poids rapide. Précisons que deux d'entre eux sont salariés d'un groupe pharmaceutique et dermo-cosmétique.

Rangeons donc les choses. Il est établi que des cheveux tombent chez une minorité de patients et que la chute suit l'ampleur de l'amaigrissement. L'action directe de ces molécules sur le follicule reste une hypothèse que rien ne confirme à ce jour. Quant aux récits de chute massive et définitive qui circulent en ligne, ce sont des témoignages : les essais décrivent, eux, des épisodes en majorité légers et réversibles.

Protéines, fer, zinc : ce que l'assiette doit continuer d'apporter

Le follicule pileux est l'un des tissus les plus actifs de l'organisme, et il réagit vite quand les apports baissent. C'est ce qui se produit sous traitement : l'appétit diminue, les portions aussi.

Les protéines viennent en tête des points à surveiller. La référence de l'ANSES pour un adulte en bonne santé est de 0,83 g par kilo de poids et par jour. Avec un appétit réduit, on passe facilement en dessous. Un repère simple consiste à prévoir une source de protéines à chacun des repas : œufs, poisson, volaille, laitages, lentilles ou pois chiches. Nous détaillons les quantités dans l'article sur les protéines pendant un traitement GLP-1.

Viennent ensuite le fer, le zinc et les folates, ceux-là mêmes que la méta-analyse sur la chirurgie a repérés. On trouve le fer dans la viande rouge, le boudin noir, les légumineuses ; le zinc dans les fruits de mer, la viande, les graines de courge ; les folates dans les légumes verts à feuilles et les légumes secs.

Faut-il pour autant acheter des gélules « spécial cheveux » ? La revue de dermatologie citée plus haut invite à la retenue. Corriger une carence démontrée est utile. En l'absence de carence, le bénéfice d'une supplémentation n'est pas prouvé, et certains nutriments pris en excès peuvent au contraire aggraver la chute ou se révéler toxiques. Le dosage de la ferritine ou du zinc relève d'une prise de sang, que le médecin prescrit s'il la juge utile. Notre article sur les carences à surveiller sous traitement passe ces nutriments en revue.

Quand montrer son cuir chevelu à un médecin

Une chute diffuse qui apparaît quelques mois après un amaigrissement net, puis ralentit d'elle-même, correspond au scénario habituel. Elle mérite d'être signalée au médecin prescripteur, ne serait-ce que pour vérifier les apports.

D'autres tableaux appellent une consultation chez un dermatologue : des plaques sans cheveux, un cuir chevelu rouge ou douloureux, une chute qui dure au-delà de six mois, ou qui s'accompagne d'une grande fatigue. Une chute de cheveux peut avoir bien d'autres causes qu'un amaigrissement, un trouble de la thyroïde ou un manque de fer par exemple, et seul un examen permet de les distinguer.

Dans tous les cas, on ne suspend pas un traitement de sa propre initiative parce que l'on perd ses cheveux. Les essais montrent que la plupart des patients ont vu la chute cesser sans l'interrompre. Les autres effets répertoriés sont décrits dans notre guide des effets secondaires des traitements GLP-1, et le visage qui se creuse, autre conséquence de l'amaigrissement, dans l'article sur l'« Ozempic face ».

Questions fréquentes

Ozempic fait-il perdre les cheveux ?

La notice d'Ozempic ne mentionne pas cet effet. Celles de Wegovy et de Mounjaro le classent parmi les effets fréquents, en lien avec l'importance de la perte de poids.

Combien de temps dure la chute de cheveux ?

L'effluvium télogène aigu dure en général moins de six mois. Dans les essais de Wegovy, la plupart des patients concernés se sont rétablis tout en poursuivant leur traitement.

Les cheveux repoussent-ils ?

Dans la grande majorité des cas, oui : le follicule est au repos, il n'est pas détruit. La repousse demande plusieurs mois, le temps que le cycle reprenne.

Pourquoi la chute commence-t-elle plusieurs mois après le début du traitement ?

Parce que les cheveux mis au repos par l'amaigrissement ne tombent que deux à trois mois plus tard, à la fin de leur cycle. Le délai est comparable après une forte fièvre ou un accouchement.

Faut-il prendre de la biotine ou du zinc ?

Pas sans avis médical. Une supplémentation n'a d'intérêt démontré qu'en cas de carence confirmée par une prise de sang, et certains nutriments en excès peuvent aggraver la chute.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.