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Perte de poids sous GLP-1 : quelles carences faut-il surveiller ?

Une étude américaine a compté un diagnostic de carence chez plus d'une personne traitée sur cinq en un an. Le chiffre impressionne, mais il demande à être lu de près avant d'en tirer des conclusions.

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  • Edouard Lefevre
Perte de poids sous GLP-1 : quelles carences faut-il surveiller ?

22,4 %. C'est la proportion de personnes chez qui une carence nutritionnelle a été diagnostiquée dans l'année qui a suivi le début d'un traitement par analogue du GLP-1, d'après l'analyse de plus de 460 000 dossiers d'assurance américains publiée en 2025. La vitamine D arrive en tête. Derrière ce résultat se pose une question que la perte de poids sous GLP-1 rend légitime : que devient l'apport en vitamines et en minéraux quand on mange nettement moins ?

La réponse honnête tient en trois constats. Le risque est plausible et les experts le prennent au sérieux. Les données qui le chiffrent sont encore fragiles. Et la seule façon de savoir où l'on en est reste une prise de sang, pas un symptôme ni une étiquette.

Ce que dit l'étude, et ce qu'elle ne dit pas

L'étude a paru dans Obesity Pillars, 2025. Ses auteurs ont suivi 461 382 adultes à qui l'on venait de prescrire un analogue du GLP-1 entre 2017 et 2021 et qui n'avaient aucun diagnostic de carence auparavant. Six mois plus tard, 12,7 % en avaient un. À douze mois, 22,4 %. Pour la seule vitamine D, les chiffres étaient de 7,5 % puis 13,6 %.

Il faut regarder de qui l'on parle. Quatre participants sur cinq avaient un diabète de type 2, l'âge moyen était de 53 ans, et les données viennent de remboursements de soins aux États-Unis. Ce sont des diagnostics enregistrés par des médecins, pas des dosages réalisés chez tout le monde. On ne connaît pas le statut de ces personnes avant le traitement : une partie des déficits existait peut-être déjà sans avoir été recherchée.

Un détail le suggère. Les carences étaient plus souvent enregistrées chez les patients qui avaient vu un diététicien dans les six premiers mois. Personne n'imagine que la consultation crée le déficit. Elle le fait chercher, donc trouver. L'étude montre une association et ne prouve pas que le médicament en est la cause. L'avis d'experts paru la même année attribue d'ailleurs ces déficits à la baisse des quantités mangées, pas à une action du médicament sur l'absorption des vitamines.

Pourquoi la perte de poids sous GLP-1 réduit aussi les apports

Parce que les vitamines et les minéraux arrivent avec les aliments, et que les quantités baissent nettement. Une revue de la littérature parue dans Obesity Pillars, 2024 situe la diminution des calories consommées entre 16 et 39 % selon les études.

Une équipe américaine a voulu voir ce qu'il restait dans l'assiette. Dans un travail publié par Frontiers in Nutrition, 2025, 69 personnes traitées depuis au moins un mois ont noté tout ce qu'elles mangeaient pendant trois jours. Leurs apports moyens étaient inférieurs aux références américaines pour les fibres, le calcium, le fer, le magnésium, le potassium et les vitamines A, C, D et E. Ils étaient suffisants pour les vitamines du groupe B, le zinc et le sélénium.

L'échantillon est petit, déclaratif, et l'étude n'a pas de groupe de comparaison. On ignore donc si ces apports sont plus bas que ceux d'adultes comparables qui ne prennent pas le traitement. Elle indique une direction plus qu'elle ne mesure un risque.

L'avis commun de quatre sociétés savantes américaines (Obesity, 2025) fixe un repère pratique. Les apports deviennent difficiles à assurer en dessous de 1 200 kcal par jour chez les femmes et de 1 800 kcal chez les hommes.

Les nutriments que les experts demandent de suivre

Deux textes de référence dressent une liste. L'avis de 2025 cite le fer, le calcium, le magnésium, le zinc et les vitamines A, D, E, K, B1, B12 et C. La revue de 2024 sur la nutrition pendant les traitements de l'obésité (Obesity) retient le potassium, le calcium, la vitamine D, le fer et la vitamine B12. Ceux qui reviennent dans les deux listes sont rassemblés ici.

Nutriment Cité par Où on le trouve dans l'alimentation courante
Vitamine D Les deux textes ; carence la plus souvent diagnostiquée dans l'étude de 2025 Poissons gras, œufs, produits laitiers enrichis ; l'essentiel vient de l'exposition au soleil
Fer Les deux textes ; apports bas dans l'étude sur carnets alimentaires Viande rouge, boudin noir, légumineuses, épinards
Calcium Les deux textes ; apports bas dans l'étude sur carnets alimentaires Laitages, sardines avec arêtes, eaux minérales calciques, amandes
Vitamine B12 Les deux textes Viande, poisson, œufs, laitages ; absente des végétaux

Cette liste ne décrit pas ce qui manque à chacun. Elle indique où regarder. Une femme qui a des règles abondantes, une personne végétarienne ou quelqu'un qui ne consomme aucun laitage n'ont pas les mêmes points faibles.

Fatigue, cheveux, vertiges : ne pas conclure trop vite

Ces signes sont fréquents sous traitement et ne signifient pas, à eux seuls, qu'une carence s'est installée. La notice de Wegovy (sémaglutide) classe la fatigue parmi les effets indésirables très fréquents et la chute de cheveux parmi les effets fréquents. Une perte de poids rapide, des repas trop légers ou un manque d'eau peuvent suffire à les expliquer.

L'inverse est vrai aussi : un déficit en fer ou en vitamine D peut rester silencieux longtemps. Se fier à ses sensations conduit donc à se tromper dans les deux sens. Notre article sur la chute de cheveux pendant une perte de poids rapide détaille ce cas particulier.

Une fatigue qui s'aggrave, un essoufflement inhabituel, des fourmillements, des crampes répétées ou des malaises justifient une consultation, sans attendre le prochain renouvellement d'ordonnance.

Le bilan sanguin, seule façon de savoir

Les experts recommandent d'évaluer l'alimentation et l'état nutritionnel avant de commencer, puis de recontrôler pendant le traitement pour repérer tôt un déficit. Le choix des dosages appartient au médecin, qui tient compte des antécédents, des autres médicaments et de la vitesse de la perte de poids.

La question des compléments se règle au même endroit. Les deux textes évoquent la possibilité d'une supplémentation en vitamine D, en calcium, en B12 ou d'un multivitaminé, à des doses adaptées à chaque personne. Ils n'en font pas une règle pour tous. Se supplémenter sans dosage a deux défauts : on peut passer à côté du nutriment qui manque vraiment, et certaines vitamines, comme la A et la D, s'accumulent dans l'organisme quand on en prend trop.

L'assiette reste la première réponse

Quand les portions rétrécissent, chaque aliment devrait apporter quelque chose. Un poisson gras une à deux fois par semaine, des œufs, un laitage ou un équivalent enrichi en calcium à chaque repas, des légumineuses, des légumes verts, des fruits, une poignée de fruits à coque : la variété fait l'essentiel du travail. Le guide que manger pendant un traitement GLP-1 et le menu sur 7 jours en donnent la traduction concrète.

Les jours de très petit appétit, des aliments enrichis peuvent aider à compléter les apports. Une boisson protéinée enrichie en vitamines comme celle de LYVE fournit par portion 10 g de protéines et 11 vitamines à hauteur de 50 % des apports de référence. C'est un appoint parmi d'autres, qui ne dispense ni d'une alimentation variée ni d'un bilan sanguin quand le médecin le juge utile.

Les protéines suivent la même logique que les micronutriments : elles baissent avec les quantités, et l'on s'en aperçoit tard. Nous leur consacrons un article à part, sur les apports en protéines pendant la perte de poids.

Questions fréquentes

Quelles vitamines faut-il surveiller sous Ozempic ou Wegovy ?

Les textes d'experts citent surtout la vitamine D, la vitamine B12, le fer et le calcium, auxquels s'ajoutent selon les sources le magnésium, le zinc, le potassium et d'autres vitamines. Seul un bilan sanguin permet de savoir si l'une d'elles manque.

Les traitements GLP-1 empêchent-ils d'absorber les vitamines ?

Nous n'avons trouvé aucune étude qui l'établisse. Les textes d'experts attribuent le risque de déficit à la baisse des quantités mangées.

Faut-il prendre un multivitaminé pendant le traitement ?

Ce n'est pas systématique. Les experts l'envisagent au cas par cas, en fonction de l'alimentation et des dosages sanguins. La décision se prend avec le médecin ou le pharmacien, qui vérifie aussi les interactions avec les autres traitements.

La fatigue sous traitement est-elle un signe de carence ?

Pas nécessairement. La fatigue figure parmi les effets indésirables très fréquents du sémaglutide et peut aussi venir de repas trop légers ou d'une hydratation insuffisante. Si elle dure ou s'aggrave, un bilan permet de faire la part des choses.

Quel bilan sanguin demander ?

C'est au médecin de le définir. Les recommandations d'experts prévoient une évaluation nutritionnelle avant le traitement et des contrôles pendant, sans fixer une liste unique de dosages valable pour tous.

Les personnes végétariennes sont-elles plus exposées ?

Elles ont des points de vigilance connus, en particulier la vitamine B12, absente des végétaux, et le fer. Manger moins sous traitement peut les accentuer, ce qui justifie d'en parler au médecin dès le départ.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.