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« Ozempic face » : pourquoi le visage se creuse quand on maigrit

Le visage perd de la graisse comme le reste du corps, et cela se voit davantage. Une première étude d'imagerie donne un ordre de grandeur ; le reste tient encore beaucoup de l'hypothèse.

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  • Edouard Lefevre
« Ozempic face » : pourquoi le visage se creuse quand on maigrit

Vingt patients, deux examens d'imagerie de la tête pour chacun, l'un avant le traitement, l'autre après. C'est sur ce petit groupe qu'une équipe américaine a mesuré pour la première fois, en 2025, ce que la presse appelle depuis deux ans l'« Ozempic face » : après onze kilos perdus en moyenne, le volume du milieu du visage avait diminué de 9 %.

Le chiffre est modeste et l'étude petite. Elle a le mérite de substituer une mesure aux photos de célébrités, et de dire où se loge le changement : dans la graisse située juste sous la peau.

20patients dans la seule étude d'imagerie publiée
9 %de volume en moins au milieu du visage (médiane)
7 %de volume facial perdu pour 10 kg de poids perdus

« Ozempic face », une expression de presse et non un diagnostic

« Ozempic face » n'est pas un terme médical. L'expression s'est répandue dans la presse américaine au début de 2023, puis les chirurgiens de la face l'ont reprise dans leurs revues, entre guillemets, pour décrire ce que leurs patients venaient leur montrer : des joues moins pleines, des tempes creusées, une peau qui paraît trop grande pour ce qu'elle recouvre. Deux courtes publications de cette année-là, dans le Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery et dans Facial Plastic Surgery, la décrivent sans la chiffrer.

Le nom est par ailleurs trompeur. Ozempic (sémaglutide) est un médicament du diabète de type 2 ; Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide) sont ceux que l'on prescrit dans l'obésité. Aucun des trois ne mentionne de modification du visage parmi les effets indésirables recensés dans le résumé des caractéristiques publié par l'EMA. Tout indique que le visage qui se creuse accompagne l'amaigrissement lui-même.

Ce que l'imagerie a mesuré

L'étude parue dans Otolaryngology-Head and Neck Surgery a retrouvé, dans les dossiers d'un hôpital universitaire, des patients traités par un analogue du GLP-1 qui avaient passé, pour d'autres raisons, un scanner ou une IRM de la tête avant et après le début du traitement. Ils étaient vingt, d'un âge médian de 54 ans.

Le volume de la région moyenne du visage avait baissé de 9 % en valeur médiane. La graisse superficielle, celle qui donne aux pommettes leur rondeur, avait fondu de 11 %, et cette fonte suivait le nombre de kilos perdus. La graisse profonde variait trop d'un patient à l'autre pour que l'on puisse conclure. Les auteurs en tirent un ordre de grandeur : environ 7 % de volume facial en moins pour dix kilos perdus.

Vingt personnes, un seul centre : ces chiffres donnent une première idée et rien de plus. Ils ne disent pas qui sera concerné.

Pourquoi cela se voit davantage sur le visage

Parce que le visage n'a aucun endroit où cacher ce qu'il perd. Quelques millimètres de graisse en moins autour de la taille passent inaperçus. Sur les pommettes, ils changent le relief, déplacent les ombres et laissent la peau moins tendue.

L'âge compte aussi. Passé la quarantaine, la peau a perdu de son élasticité et se retend moins bien autour d'un volume qui diminue.

Reste l'ampleur de la perte. Dans l'essai STEP 1, les participants traités par sémaglutide 2,4 mg ont perdu en moyenne 14,9 % de leur poids en 68 semaines. Peu de régimes produisent un tel écart en si peu de temps.

Ce qui est établi Ce qui reste une hypothèse Ce qui relève du témoignage
Le volume du visage Il diminue avec le poids, surtout dans la graisse superficielle (une étude, 20 patients) Qu'il diminue plus avec un médicament qu'avec un autre mode d'amaigrissement L'impression d'avoir « pris dix ans »
La peau Elle se retend moins bien avec l'âge Un effet propre des analogues du GLP-1 sur les cellules de la peau Le teint terne, la peau « fatiguée »
La vitesse La perte de poids est rapide et importante dans les essais Qu'une perte plus lente épargne le visage Les récits d'un changement « du jour au lendemain »

La piste d'un effet direct sur la peau

Une revue publiée en 2025 dans Endocrine avance que l'histoire ne se résume peut-être pas à la graisse. Des cellules de la peau portent des récepteurs du GLP-1, et les auteurs décrivent, à partir de travaux de laboratoire, plusieurs mécanismes par lesquels ces médicaments pourraient ralentir la production de collagène.

C'est une hypothèse, et les auteurs la présentent comme telle. Aucune étude n'a comparé la peau de personnes ayant perdu le même poids avec et sans traitement. Tant que cette comparaison manque, impossible de séparer ce qui revient au médicament de ce qui revient aux kilos.

Le muscle, l'autre perte silencieuse

La graisse n'est jamais seule à partir. Dans le sous-groupe de STEP 1 dont la composition corporelle a été mesurée, soit 140 participants, la masse grasse a diminué de 19,3 % et la masse maigre de 9,7 %, selon l'analyse publiée dans le Journal of the Endocrine Society. Une synthèse parue dans Diabetes, Obesity and Metabolism relève de grands écarts d'un essai à l'autre : la masse maigre y représente tantôt 15 % environ du poids perdu, tantôt 40 à 60 %.

Ces mesures concernent le corps entier, pas le visage, et la masse maigre ne se confond pas avec le muscle. Elles rappellent qu'une silhouette qui fond vite perd aussi de sa charpente, sujet d'un article à part : la perte de muscle sous traitement et les moyens de la limiter.

Que faire, alors, du côté de l'assiette

Aucun aliment ne décide de l'endroit où le corps puise sa graisse, et aucune étude ne montre qu'un régime particulier préserve le volume des joues. Ce que l'assiette peut, c'est éviter d'ajouter une dénutrition à l'amaigrissement.

Quand l'appétit baisse, les quantités baissent, et les protéines avec elles. Or les protéines contribuent au maintien de la masse musculaire. La référence de l'ANSES pour un adulte en bonne santé est de 0,83 g par kilo de poids et par jour ; pendant une perte de poids, le besoin se discute avec le médecin ou un diététicien. En pratique, cela revient à placer une source de protéines à chaque repas, petit-déjeuner compris : œuf, laitage, poisson, volaille, légumineuses. Les ordres de grandeur sont détaillés dans notre article sur les protéines pendant un traitement.

Boire régulièrement compte aussi, d'autant que les troubles digestifs du début de traitement exposent à la déshydratation, comme le rappellent les notices. L'eau ne rend pas pour autant le volume perdu.

Pour le reste, la question se pose à un médecin. Si le visage change vite, si la fatigue s'installe, si l'on mange très peu, le prescripteur doit le savoir. Un dermatologue peut, lui, examiner la peau. Quant aux actes de médecine ou de chirurgie esthétique dont parlent les revues spécialisées, ils relèvent d'une consultation médicale et non d'un article.

Ce que personne ne sait encore

Le visage retrouve-t-il son volume si le poids remonte ? Aucune étude ne l'a mesuré. Les analogues du GLP-1 creusent-ils davantage que la chirurgie ou qu'un régime, à poids perdu égal ? Aucune comparaison n'existe. L'un des trois médicaments marque-t-il plus que les autres ? Rien ne permet de le dire ; l'étude d'imagerie relie le changement aux kilos perdus, pas à une molécule.

L'« Ozempic face » restera sans doute dans le vocabulaire, parce que la formule est efficace. Elle décrit moins un effet secondaire que la trace visible d'un amaigrissement important. Notre guide des effets secondaires des traitements GLP-1 fait le tour de ceux qui figurent, eux, dans les notices, dont la chute de cheveux, qui obéit à une logique voisine.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'« Ozempic face » ?

C'est une expression de presse, pas un diagnostic. Elle désigne l'aspect creusé que peut prendre le visage après une perte de poids rapide : joues moins pleines, tempes marquées, peau moins tendue. Elle ne figure dans aucune notice.

Ozempic, Wegovy ou Mounjaro : lequel creuse le plus le visage ?

Aucune étude ne les compare sur ce point. La seule mesure disponible relie la perte de volume du visage au nombre de kilos perdus, quel que soit le médicament.

Le visage revient-il comme avant après le traitement ?

On ne le sait pas, faute d'étude. La décision de poursuivre ou d'interrompre un traitement appartient au médecin et ne se prend pas sur ce critère seul.

Peut-on éviter le visage creusé en mangeant plus de protéines ?

Rien ne le démontre. Des apports suffisants en protéines contribuent au maintien de la masse musculaire pendant l'amaigrissement, ce qui est une bonne raison de s'en soucier, sans garantie pour les joues.

Quand faut-il en parler à son médecin ?

Dès que le changement inquiète, ou s'il s'accompagne d'une grande fatigue, d'une perte de poids très rapide ou de difficultés à s'alimenter. Le prescripteur peut alors vérifier l'état nutritionnel et, si besoin, orienter vers un dermatologue.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.