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Ozempic et perte de muscle : ce que mesurent vraiment les études

Un chiffre a beaucoup circulé : près de 40 % du poids perdu sous sémaglutide serait de la masse maigre. Il est exact et il est mal compris. Retour aux données, puis aux deux leviers qui comptent.

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  • Edouard Lefevre
Ozempic et perte de muscle : ce que mesurent vraiment les études

Sur les 13,6 kg perdus en moyenne par les participants de l'essai STEP 1 dont on a mesuré la composition corporelle, 5,3 kg n'étaient pas de la graisse. Ce rapport, 38 %, a nourri les titres sur « Ozempic et la perte de muscle », puis l'inquiétude de beaucoup de personnes traitées qui se sentent plus faibles en montant un escalier.

Le chiffre est exact. La conclusion qu'on en tire l'est moins, pour deux raisons : la masse maigre n'est pas le muscle, et tout amaigrissement en emporte une part, avec ou sans médicament. Cela ne dispense pas d'agir, car la force se défend très bien, à condition de s'en occuper.

Ce que les essais ont mesuré

Deux sous-études font référence. Elles ont utilisé l'absorptiométrie biphotonique, ou DXA, un examen radiologique qui distingue la graisse, l'os et tout le reste, appelé masse maigre.

La première porte sur 140 participants de STEP 1, l'essai du sémaglutide à 2,4 mg, la dose de Wegovy (Ozempic, prescrit dans le diabète de type 2, contient la même molécule à des doses plus faibles). Ses résultats ont été présentés dans le Journal of the Endocrine Society, 2021. La seconde, parue dans Diabetes, Obesity and Metabolism, 2025, concerne 160 participants de SURMOUNT-1, l'essai du tirzépatide (Mounjaro).

STEP 1, sémaglutide 2,4 mg SURMOUNT-1, tirzépatide
Durée 68 semaines 72 semaines
Poids −15,0 % −21,3 %
Masse grasse −19,3 % −33,9 %
Masse maigre −9,7 % −10,9 %
Part de masse maigre dans le poids perdu 38 % environ 25 % environ

Les deux essais n'ont pas été conduits sur les mêmes personnes ni avec les mêmes appareils. Ce tableau ne permet donc pas de dire qu'un médicament ménage mieux le muscle que l'autre. Il montre que la graisse baisse beaucoup plus que le reste. Dans STEP 1, la proportion de masse maigre dans le corps a même augmenté de 3 points à la fin de l'essai : les participants avaient moins de masse maigre en valeur absolue, mais elle pesait plus lourd dans leur composition.

Un détail de SURMOUNT-1 mérite l'attention. Dans le groupe placebo, qui avait maigri d'environ 5 % avec les seuls conseils d'hygiène de vie, la répartition était identique : trois quarts de graisse, un quart de masse maigre. Le médicament amplifie la perte de poids, il n'en change pas la nature.

La masse maigre n'est pas le muscle

La DXA range dans la masse maigre tout ce qui n'est ni graisse ni minéral osseux : les muscles, mais aussi les organes, l'eau du corps et celle que contient le tissu adipeux lui-même.

Les auteurs de l'avis commun de quatre sociétés savantes américaines (Obesity, 2025) estiment que le muscle représente environ la moitié de la masse maigre. Les 38 % de STEP 1 correspondraient alors à une perte musculaire de l'ordre de 20 % du poids perdu. C'est une estimation et non une mesure directe.

Une revue consacrée au sujet dans Diabetes, Obesity and Metabolism, 2024 souligne à quel point les résultats varient : selon les essais, la masse maigre compte pour 40 à 60 % du poids perdu, ou pour 15 % à peine. Ses auteurs retiennent des études d'imagerie par IRM que la réduction du volume musculaire paraît proportionnée à la perte de poids, et que le muscle restant contient moins de graisse infiltrée. Ils parlent d'une adaptation plutôt que d'une fonte.

Une perte de muscle sous Ozempic, est-ce grave ?

Pour la plupart des personnes, rien n'indique que oui. Un corps plus léger a besoin de moins de muscle pour se déplacer, et une synthèse parue dans Advances in Nutrition en 2017 concluait déjà, à propos des régimes classiques, que l'amaigrissement réduit la masse musculaire sans dégrader la force et qu'il améliore les capacités physiques dans leur ensemble.

La prudence s'impose pour certains profils. La revue de 2024 cite les personnes âgées et celles dont la maladie est sévère, plus exposées à la sarcopénie, c'est-à-dire à une perte de muscle et de force qui finit par gêner la vie quotidienne. S'y ajoute une limite de fond : les essais ont pesé des tissus, très peu ont mesuré la force ou la marche. On connaît mal l'effet de ces traitements sur ce qui compte vraiment.

Le renforcement musculaire, le levier le mieux étayé

L'exercice contre résistance est ce qui protège le mieux le muscle pendant un amaigrissement. La démonstration la plus nette vient d'un essai publié dans le New England Journal of Medicine, 2017, mené chez 160 personnes âgées en situation d'obésité qui suivaient un régime, sans médicament. Toutes ont perdu environ 9 % de leur poids en six mois. Celles qui faisaient de l'endurance seule ont perdu 5 % de leur masse maigre, celles qui faisaient du renforcement, 2 %. Dans ce dernier groupe, la force a augmenté de 19 %.

Sous analogue du GLP-1, les données sont plus rares. Un essai danois paru dans le New England Journal of Medicine, 2021 a comparé pendant un an Saxenda (liraglutide), un programme d'exercice, et les deux ensemble. L'association a fait baisser le pourcentage de graisse corporelle de 3,9 points, environ deux fois plus que chacune des deux stratégies seule, et elle seule a amélioré la capacité cardiorespiratoire.

L'avis de 2025 en tire une recommandation : accompagner le traitement d'un programme structuré, avec du renforcement au moins trois fois par semaine et au moins 150 minutes d'endurance modérée.

Concrètement, il s'agit de faire travailler les grands groupes musculaires contre une charge, avec des élastiques, des haltères, des machines ou le poids du corps. Un kinésithérapeute ou un enseignant en activité physique adaptée aide à démarrer sans se blesser, surtout après des années sans sport.

Les protéines, l'autre moitié de la réponse

Les protéines contribuent au maintien de la masse musculaire, et leur apport chute facilement quand l'appétit disparaît. Les experts proposent de viser 1,2 à 1,6 g par kilo et par jour pendant la perte de poids, contre 0,83 g pour la référence de l'ANSES chez l'adulte en bonne santé. Nous détaillons le calcul et les équivalences dans l'article sur les protéines pendant la perte de poids.

Une précision utile : d'après la synthèse de 2017, manger plus de protéines aide à conserver la masse maigre mais n'augmente pas la force. Protéines et exercice ne se remplacent pas l'un l'autre.

Quand l'appétit est faible, une boisson protéinée enrichie en vitamines comme celle de LYVE, qui fournit 10 g de protéines par portion de 20 g de poudre, est une façon parmi d'autres d'atteindre ses apports, au même titre qu'un laitage ou un œuf.

Ce que l'on peut surveiller soi-même

La balance ne dit rien du muscle. Quelques repères en disent davantage : se relever d'une chaise basse, porter ses courses, monter deux étages sans s'arrêter. Si ces gestes deviennent plus difficiles au fil des mois alors que le poids baisse, il faut en parler au médecin, qui pourra mesurer la force de préhension ou demander un examen de composition corporelle. L'avis de 2025 recommande d'ailleurs d'évaluer la force et la fonction musculaires dès le début du traitement.

Des médicaments destinés à préserver le muscle en association avec ces traitements sont à l'étude. Aucun n'est disponible aujourd'hui. Pour le reste de l'assiette, notre guide que manger pendant un traitement GLP-1 rassemble les autres repères, et le menu sur 7 jours les met en pratique.

Questions fréquentes

Ozempic fait-il perdre du muscle ?

Toute perte de poids importante s'accompagne d'une baisse de la masse maigre, dont une partie est du muscle. Dans les essais du sémaglutide et du tirzépatide, la masse maigre représente environ 25 à 40 % du poids perdu, et le muscle une fraction de cette part. La graisse diminue beaucoup plus.

Quel pourcentage de muscle perd-on sous sémaglutide ?

Dans la sous-étude de STEP 1, la masse maigre a baissé de 9,7 % en 68 semaines, pour une masse grasse en baisse de 19,3 %. La part exacte du muscle n'a pas été mesurée ; des experts l'estiment à environ la moitié de la masse maigre perdue.

Mounjaro préserve-t-il mieux le muscle que Wegovy ?

On ne peut pas l'affirmer. Les sous-études donnent des proportions différentes, mais elles n'ont pas comparé les deux médicaments chez les mêmes personnes ni avec les mêmes méthodes.

Comment éviter de perdre du muscle pendant le traitement ?

Les deux leviers documentés sont le renforcement musculaire, au moins trois fois par semaine selon les recommandations d'experts, et un apport suffisant en protéines réparti sur la journée. Le premier est le seul à améliorer la force.

Le muscle revient-il après l'arrêt du traitement ?

Les études ne permettent pas de répondre. Une partie du poids revient à l'arrêt du sémaglutide, comme l'a montré le prolongement de STEP 1 (Diabetes, Obesity and Metabolism, 2022), mais la composition de ce poids repris a été très peu étudiée.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.