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Mounjaro et reprise de poids à l'arrêt : que disent les études ?

Un seul grand essai a comparé, à l'aveugle, ceux qui poursuivaient le tirzépatide et ceux qui l'arrêtaient. Ses résultats sont nets, mais on leur fait souvent dire plus qu'ils ne montrent. Lecture attentive, chiffres à l'appui.

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  • Edouard Lefevre
Mounjaro et reprise de poids à l'arrêt : que disent les études ?

À la trente-sixième semaine de l'essai SURMOUNT-4, les 670 participants avaient perdu en moyenne un cinquième de leur poids. Ce jour-là, sans que ni eux ni leurs médecins le sachent, la moitié d'entre eux a cessé de recevoir du tirzépatide. Leurs stylos contenaient désormais un placebo. Ce qui s'est passé pendant l'année suivante constitue l'essentiel de ce que la science sait sur Mounjaro et la reprise de poids.

Les résultats ont paru dans le JAMA en janvier 2024. Ils sont souvent résumés d'une phrase, « on reprend tout », qui n'est pas ce que l'essai a mesuré. Reprenons-le dans l'ordre.

Un essai construit pour répondre à une seule question

SURMOUNT-4 a été conçu pour savoir ce qu'apporte la poursuite du traitement une fois le poids perdu. L'essai a recruté 783 adultes en situation d'obésité, ou de surpoids avec au moins une complication, tous sans diabète. Pendant 36 semaines, chacun a reçu Mounjaro (tirzépatide) une fois par semaine, à la dose maximale qu'il tolérait, 10 ou 15 mg.

Ceux qui sont allés au bout de cette première phase, 670 personnes, pesaient 107,3 kg en moyenne au départ. Sept sur dix étaient des femmes et l'âge moyen était de 48 ans. Leur poids avait baissé de 20,9 %.

Le tirage au sort est intervenu à ce moment-là : 335 personnes ont poursuivi le tirzépatide, 335 sont passées au placebo, pour 52 semaines supplémentaires. Les conseils sur l'alimentation et l'activité physique ont continué à l'identique dans les deux groupes. C'est ce qu'on appelle un essai de retrait randomisé, un schéma rigoureux pour isoler l'effet d'un arrêt.

Mounjaro, reprise de poids : les chiffres de SURMOUNT-4

Un an après le tirage au sort, le poids du groupe placebo était remonté de 14 % en moyenne, quand celui du groupe resté sous tirzépatide avait encore baissé de 5,5 %. L'écart entre les deux atteint 19,4 points.

À la semaine 88 Tirzépatide poursuivi Passage au placebo
Évolution du poids depuis la semaine 36 − 5,5 % + 14,0 %
Participants ayant conservé au moins 80 % de leur perte 89,5 % 16,6 %
Perte de poids totale depuis le début de l'essai 25,3 % 9,9 %

En kilos, le résumé des caractéristiques du produit publié par l'Agence européenne des médicaments, qui retient un mode de calcul légèrement différent, chiffre la reprise moyenne du groupe placebo à 11,9 kg sur ces 52 semaines, à partir d'un poids moyen de 85,9 kg au moment du tirage au sort.

La troisième ligne du tableau est celle que les résumés oublient. Au terme de l'essai, les personnes qui avaient arrêté le traitement depuis un an pesaient encore près de 10 % de moins qu'au premier jour. Le même document européen précise que 69 % d'entre elles restaient au moins 5 % sous leur poids initial. La reprise est nette. Elle n'est pas complète à cette échéance.

À l'inverse, il serait trompeur d'en tirer un message rassurant. Rien n'indique que la reprise était terminée à la semaine 88, et l'essai s'est arrêté là.

Ce que l'essai ne permet pas d'affirmer

SURMOUNT-4 répond bien à sa question et laisse les autres ouvertes. Quatre limites méritent d'être connues.

Il ne dit pas ce qui se passe au-delà d'un an. Une méta-analyse publiée par le BMJ en 2026, qui regroupe 37 études sur l'arrêt des médicaments de l'obésité, projette pour le sémaglutide et le tirzépatide un retour au poids de départ environ un an et demi après l'arrêt. Les auteurs soulignent qu'il s'agit d'une extrapolation, faute de suivi plus long.

Il ne concerne pas les personnes diabétiques, qui en étaient exclues. Or Mounjaro est aussi un traitement du diabète de type 2, et sa notice signale qu'à l'arrêt la glycémie risque d'augmenter chez ces patients.

Il décrit un arrêt du jour au lendemain après 36 semaines. Il ne renseigne ni sur un traitement plus long, ni sur une réduction progressive de la dose, ni sur un espacement des injections. Nous n'avons pas trouvé d'essai randomisé publié qui ait comparé ces modalités, et ce choix relève de toute façon du prescripteur.

Il a été financé et conduit par le laboratoire qui commercialise le médicament, Eli Lilly, dont plusieurs salariés figurent parmi les auteurs. C'est le cas de la plupart des grands essais de médicaments, et cela n'invalide pas des résultats obtenus en double aveugle. Il est simplement utile de le savoir.

Pourquoi l'appétit revient

Le tirzépatide agit tant qu'il circule, et il ne circule pas longtemps après la dernière injection. Sa demi-vie est d'environ cinq jours, d'après le résumé des caractéristiques du produit : la moitié de la dose a disparu en moins d'une semaine, et la quasi-totalité en un mois environ.

La molécule imite deux hormones intestinales, le GLP-1 et le GIP, qui participent à la régulation de l'appétit et de la glycémie. Quand elle s'efface, la satiété retrouve son réglage antérieur. S'y ajoute une réaction connue depuis longtemps : après une perte de poids, quelle qu'en soit la cause, l'organisme augmente les signaux de faim. Notre dossier sur l'arrêt d'un traitement GLP-1 et la reprise de poids détaille ces mécanismes et les données disponibles pour le sémaglutide.

Le fait que la reprise se soit produite alors que l'accompagnement diététique continuait dit quelque chose d'important. Elle traduit une physiologie, pas un relâchement.

Ce qui se prépare avec le médecin

La notice de Mounjaro est explicite : on n'arrête pas ce médicament sans en avertir son médecin. Les raisons d'envisager un arrêt sont nombreuses, des effets indésirables au projet de grossesse en passant par le coût, et aucune n'appelle la même réponse. Cet article ne peut pas dire ce qui convient à une situation particulière.

Ce qui relève du patient, en revanche, se construit bien avant la dernière injection. Les travaux disponibles sur le maintien du poids pointent vers l'activité physique régulière, renforcement musculaire compris, et vers une alimentation qui garde sa place aux protéines et aux fibres. Aucun de ces leviers n'a montré qu'il compensait l'arrêt du médicament. Ils en atténuent les effets et entretiennent la masse musculaire, ce qui compte en soi. Nous les décrivons dans construire une alimentation d'entretien après le traitement.

La Haute Autorité de santé, dans son guide du parcours de soins de l'obésité, rappelle que la stabilisation du poids est déjà un succès et qu'une stratégie face à la reprise se prépare avec l'équipe soignante. Convenir à l'avance d'un rythme de suivi, et du seuil de reprise à partir duquel on reconsulte, en fait partie. Quant au ralentissement qui précède souvent ces questions, il a ses propres explications : voir le plateau sous traitement GLP-1.

Questions fréquentes

Reprend-on tout le poids perdu après l'arrêt de Mounjaro ?

Pas dans l'année qui suit, d'après SURMOUNT-4. Le groupe passé au placebo a repris 14 % de poids en 52 semaines, mais pesait encore 9,9 % de moins qu'au début de l'essai. Au-delà d'un an, les données manquent.

En combien de temps la reprise de poids commence-t-elle ?

Le tirzépatide a une demi-vie de cinq jours environ : son effet s'estompe dans les semaines qui suivent la dernière injection. Dans SURMOUNT-4, la reprise moyenne atteignait 14 % un an après le passage au placebo.

Pourquoi regrossit-on après Mounjaro ?

Parce que l'effet du médicament sur la satiété cesse avec lui, et que l'organisme réagit à toute perte de poids en renforçant les signaux de faim. Les participants de SURMOUNT-4 ont repris du poids alors même qu'ils continuaient de recevoir des conseils diététiques.

Arrêter progressivement Mounjaro limite-t-il la reprise ?

Nous n'avons pas trouvé d'essai randomisé qui le démontre. SURMOUNT-4 a étudié un arrêt complet et immédiat. Toute modification de dose ou de rythme se décide avec le médecin prescripteur.

La reprise de poids est-elle plus forte après Mounjaro qu'après Wegovy ?

À notre connaissance, aucun essai n'a comparé directement l'arrêt des deux médicaments. La méta-analyse du BMJ les regroupe et estime une reprise moyenne de 0,8 kg par mois pour l'ensemble sémaglutide et tirzépatide.

Peut-on reprendre Mounjaro après une reprise de poids ?

C'est une question pour le médecin, qui tiendra compte des raisons de l'arrêt et de l'état de santé du moment. Le traitement ne se reprend jamais de sa propre initiative.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.