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Verveine citronnée, hibiscus, GLP-1 naturel : que disent les essais ?

Un extrait de verveine citronnée et d'hibiscus a été testé chez l'humain à plusieurs reprises depuis 2018. Les résultats sur l'appétit se tiennent, ceux sur le GLP-1 beaucoup moins, et aucun ne vient d'une équipe indépendante.

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  • Edouard Lefevre
Verveine citronnée, hibiscus, GLP-1 naturel : que disent les essais ?

Sur les étiquettes des produits qui se réclament du « GLP-1 naturel », deux noms de plantes reviennent sans cesse : la verveine citronnée et l'hibiscus. Derrière eux, presque toujours, une même étude publiée en 2018, citée comme une preuve. Nous sommes allés la relire, puis nous avons cherché les autres.

Il en existe quatre de plus chez l'humain. Toutes portent sur le même extrait, à la même dose de 500 mg par jour. Leurs résultats sur la sensation de faim sont cohérents. Ceux qui concernent le GLP-1 le sont nettement moins, et c'est le point que les étiquettes passent sous silence.

Deux plantes à infusion, un extrait de laboratoire

La verveine citronnée (Lippia citriodora) est la verveine des tisanes du soir. L'hibiscus (Hibiscus sabdariffa) donne le bissap, cette boisson rouge et acidulée que l'on boit glacée en Afrique de l'Ouest. Les deux sont riches en polyphénols : le verbascoside pour la première, des anthocyanes pour le second.

Ce que les essais ont testé n'a pourtant rien d'une tisane. Il s'agit d'un mélange breveté de deux extraits concentrés, dans un rapport de 65 % de verveine pour 35 % d'hibiscus, soit 325 mg et 175 mg par gélule. L'extrait de verveine y est titré à 25 % de verbascoside, celui d'hibiscus à 10 % d'anthocyanes. Une tasse d'infusion n'apporte ni ces quantités ni cette régularité, et aucun essai ne permet de transposer les résultats de l'un à l'autre.

L'essai de 2018, celui que tout le monde cite

Il a paru dans Food & Function, 2018. Cinquante-quatre volontaires en surpoids ont reçu pendant deux mois, en double aveugle, soit l'extrait, soit un placebo. Les chercheurs de l'université Miguel-Hernández d'Elche, en Espagne, ont relevé la faim et la satiété sur des échelles visuelles tous les quinze jours, et dosé plusieurs hormones dans le sang à jeun.

Dans le groupe traité, la satiété était mieux ressentie, le GLP-1 plus élevé et la ghréline, l'hormone qui ouvre l'appétit, plus basse. Les auteurs écrivent eux-mêmes que d'autres recherches sont nécessaires.

L'essai est sérieux dans sa forme. Il reste petit, court, et le fabricant de l'extrait compte parmi ses signataires.

Cinq publications, deux universités, un fabricant

Publication Participants et durée Ce qui était mesuré Lien avec le fabricant
Food & Function, 2018 54 adultes en surpoids, 2 mois Faim, satiété, hormones de l'appétit Un salarié parmi les auteurs
Scientific Reports, 2019 56 adultes en surpoids ou obèses, 2 mois, régime encadré Poids, tour de taille, masse grasse, tension Financement partiel, participation au protocole
Foods, 2020 84 adultes, 84 jours, sans régime imposé Masse grasse Deux salariés parmi les auteurs, extrait fourni
Molecules, 2021 80 adultes hypertendus, 84 jours Tension artérielle Extrait du même fabricant
European Journal of Nutrition, 2022 33 adultes en surpoids, deux périodes de 60 jours Faim, repas test, hormones Extrait du même fabricant

Les deux premières viennent de l'équipe d'Elche, les trois suivantes de l'Université catholique de Murcie. L'article de Scientific Reports est le plus explicite sur les liens d'intérêts : le fabricant a financé une partie de l'étude, a participé à la conception du protocole et a pu relire le manuscrit, sans intervenir dans l'analyse des données. Deux des travaux de Murcie déclarent un financement par un projet européen consacré à la mise au point d'une formule à base d'extraits de plantes. L'article de Foods a fait l'objet d'un correctif la même année.

Un travail sur la souris, publié dans Nutrients, 2018 par une équipe coréenne, porte sur le même extrait. Il ne dit rien de ce qui se passe chez l'humain.

À notre connaissance, aucun essai mené par une équipe sans lien avec le fabricant n'a été publié à ce jour.

Sur la faim, des résultats qui se tiennent

L'essai le plus instructif est le dernier. Trente-trois personnes y ont pris successivement l'extrait puis le placebo, ou l'inverse, pendant deux périodes de soixante jours séparées par un mois de pause. Chacune servait ainsi de témoin à elle-même, ce qui compense en partie la petite taille de l'échantillon.

À la fin de chaque période, les participants prenaient un repas à volonté. Ils ont mangé en moyenne 774 kcal après la période sous extrait, contre 850 kcal après la période sous placebo. Leurs notes de faim dans les quatre heures précédentes étaient plus basses.

L'écart est réel et statistiquement solide. Il est aussi modeste : environ 75 kcal sur un repas, mesurées un seul jour, dans un laboratoire. Rien n'indique ce qu'il devient sur six mois ou un an.

Sur le GLP-1, un tableau qui se brouille

C'est pourtant sur le GLP-1 que ces plantes ont bâti leur réputation. Or les deux essais qui l'ont dosé ne racontent pas la même histoire.

Celui de 2018 rapporte une hausse. Celui de 2022 est plus difficile à lire. Les auteurs écrivent que le GLP-1 était plus élevé sous extrait pendant le test. Mais leur propre tableau montre, entre le début et la fin de la période sous extrait, une valeur qui passe de 4,34 à 3,23 ng/mL : une baisse, quand le groupe placebo ne bouge presque pas. Ils concluent d'ailleurs que leur étude était conçue pour mesurer la satiété, pas les hormones, et qu'il faudrait un travail dédié.

Doser le GLP-1 est délicat. L'hormone ne vit qu'une à deux minutes dans le sang, et un prélèvement isolé à jeun renseigne mal sur ce qui se passe après un repas. Affirmer aujourd'hui que la verveine citronnée et l'hibiscus « augmentent le GLP-1 » revient à retenir un essai et à oublier l'autre.

Ce qui manque pour conclure

La liste est longue, et elle n'a rien d'exceptionnel pour un extrait de plantes. Il manque une reproduction par des chercheurs indépendants, avec un produit qu'ils auraient eux-mêmes fait analyser. Il manque des essais de plus de trois mois, sur plusieurs centaines de personnes. Il manque une comparaison de doses, puisque seuls 500 mg ont été testés, et des données sur ce qui se passe à l'arrêt.

Il manque enfin un avis des autorités. En Europe, aucune allégation de santé n'est autorisée pour la verveine citronnée ou l'hibiscus, que ce soit sur l'appétit, le poids ou le GLP-1. Un fabricant qui l'écrit sur son emballage va plus loin que le droit et plus loin que la science.

Côté sécurité, l'essai de Scientific Reports décrit un extrait bien toléré sur deux mois, ce qui est court pour juger d'un usage prolongé. Plusieurs publications rapportent une baisse de la tension artérielle : les personnes traitées pour l'hypertension ont une raison de plus d'en parler à leur médecin avant d'essayer. Pour la grossesse et l'allaitement, les données manquent.

Ce qu'on peut raisonnablement en attendre

Une piste, donc. Plus étayée que beaucoup d'ingrédients vendus sous la même bannière, moins que ce que les emballages laissent entendre. Si un effet existe, il porte sur la sensation de faim et il est de petite taille.

Les leviers les mieux établis restent ailleurs : des protéines à chaque repas, des fibres solubles, un microbiote correctement nourri. Le dossier sur le GLP-1 naturel les passe en revue. Et pour qui hésite devant un rayon, le guide des compléments « GLP-1 » explique comment lire une formule.

Quant à l'infusion, elle garde ses mérites de toujours : elle est agréable, elle hydrate, et elle vaut mieux qu'une boisson sucrée.

Questions fréquentes

La verveine citronnée et l'hibiscus augmentent-ils le GLP-1 ?

Un essai de 2018 rapporte une hausse, un essai de 2022 donne des chiffres contradictoires. Les deux sont petits et liés au fabricant de l'extrait. La question reste ouverte.

Une tisane de verveine et d'hibiscus a-t-elle le même effet que l'extrait ?

Rien ne permet de le dire. Les essais portent sur un extrait concentré et titré en polyphénols, à 500 mg par jour. Aucun n'a testé l'infusion sur la satiété.

L'hibiscus fait-il maigrir ?

Aucune autorité de santé ne lui reconnaît cet effet et aucune allégation n'est autorisée en Europe. Les essais disponibles portent sur un mélange avec la verveine citronnée, sur quelques mois et quelques dizaines de personnes.

Quelle dose a été étudiée ?

500 mg par jour du mélange, soit 325 mg d'extrait de verveine citronnée et 175 mg d'extrait d'hibiscus, pendant deux à trois mois. Aucune autre dose n'a été comparée. Ce chiffre décrit les essais, il ne constitue pas une recommandation.

Y a-t-il des contre-indications ?

L'essai qui détaille la tolérance ne relève pas d'effet indésirable sur deux mois. Comme une baisse de la tension est rapportée dans plusieurs publications, un avis médical est préférable en cas de traitement antihypertenseur. Les données manquent pour la grossesse et l'allaitement.

Ces plantes peuvent-elles se prendre avec un traitement par analogue du GLP-1 ?

Aucune étude n'a examiné cette association. La décision appartient au médecin ou au pharmacien, qui connaît le traitement et ses effets digestifs.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.