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GLP-1 et perte de poids : pourquoi un plateau finit par arriver

La balance qui ne bouge plus après des mois de baisse régulière inquiète presque tous les patients. Les essais l'avaient prévu, et la physiologie l'explique. Le plateau dit rarement ce que l'on croit qu'il dit.

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  • Edouard Lefevre
GLP-1 et perte de poids : pourquoi un plateau finit par arriver

Pendant des mois, la courbe a descendu avec une régularité presque rassurante. Puis un matin le chiffre est le même que la semaine précédente, et que celle d'avant. Chez les personnes traitées par un analogue du GLP-1, la perte de poids finit toujours par marquer le pas, et ce moment déclenche les mêmes questions : le médicament a-t-il cessé d'agir, a-t-on fait quelque chose de travers, faut-il changer quelque chose ?

Dans la plupart des cas, aucune de ces trois hypothèses n'est la bonne. Le plateau est une étape attendue, que les essais cliniques ont tous observée et que la physiologie explique assez bien.

14,9 %de perte moyenne à 68 semaines sous sémaglutide, essai STEP 1
15,2 %à 104 semaines, essai STEP 5 : le poids se maintient
100 kcald'appétit supplémentaire par jour et par kilo perdu, estimation publiée dans Obesity

Les essais avaient prévu le plateau

Aucun essai n'a montré une perte de poids qui se poursuivrait indéfiniment. Tous décrivent une baisse rapide, un ralentissement, puis une stabilisation.

Les deux grands essais du sémaglutide le montrent quand on les rapproche. Dans STEP 1, la perte moyenne sous Wegovy (sémaglutide) à 2,4 mg était de 14,9 % à 68 semaines. Dans STEP 5, mené sur deux ans avec le même traitement, elle était de 15,2 % à 104 semaines. Ce sont deux populations différentes et la comparaison a ses limites, mais l'ordre de grandeur est le même : entre la première et la deuxième année, le poids ne baisse presque plus. Il se maintient.

Le tirzépatide suit le même dessin. Dans SURMOUNT-4, les participants sous Mounjaro (tirzépatide) ont perdu 20,9 % de leur poids pendant les 36 premières semaines. Ceux qui ont poursuivi le traitement ont perdu 5,5 % de plus au cours des 52 semaines suivantes. La pente s'adoucit nettement avant de s'aplanir.

GLP-1 et perte de poids : la mécanique du ralentissement

Le poids se stabilise quand ce que l'on mange rejoint ce que l'on dépense. Deux mouvements y conduisent, et aucun ne dépend de la volonté.

Le premier tient à la dépense. Un corps plus léger consomme moins d'énergie, au repos comme en mouvement. Le déficit du début, qui faisait fondre les premiers kilos, se réduit donc de lui-même à mesure que le poids baisse, même si l'on mange exactement la même chose.

Le second, plus puissant, tient à l'appétit. L'organisme réagit à la perte de poids en poussant à manger davantage. Des chercheurs américains ont chiffré cette réaction dans la revue Obesity en 2016 : environ 100 kcal de plus par jour pour chaque kilo perdu, un effet plus de trois fois supérieur à la baisse de la dépense énergétique. C'est ce frein qui fait plafonner la plupart des régimes en moins d'un an.

Les analogues du GLP-1 ne suppriment pas ce frein. Ils le desserrent. Kevin Hall, chercheur aux National Institutes of Health américains, a modélisé les courbes de poids des grands essais dans Obesity en 2024. D'après ses calculs, le sémaglutide et le tirzépatide affaiblissent de moitié environ la boucle qui relie perte de poids et hausse de l'appétit. La baisse dure donc plus longtemps : là où une restriction alimentaire seule plafonne en douze mois environ, le modèle situe le plateau attendu autour de vingt-quatre mois pour ces deux molécules.

L'auteur présente ces résultats comme préliminaires, et il s'agit d'un modèle mathématique ajusté sur des moyennes. Chez une personne donnée, le plateau peut survenir bien plus tôt ou plus tard.

Un plateau ne veut pas dire que le traitement n'agit plus

C'est le contresens le plus fréquent. Au plateau, le médicament continue de faire ce qu'il fait depuis le début : il maintient l'appétit à un niveau plus bas qu'il ne le serait sans lui.

La preuve en est donnée par les essais d'arrêt. Dans SURMOUNT-4, les participants passés au placebo après 36 semaines ont repris 14 % de poids en un an, alors que leur accompagnement diététique se poursuivait. Dans STEP 4, l'arrêt du sémaglutide a été suivi d'une remontée de 6,9 % en 48 semaines. Un poids stable sous traitement est donc un poids tenu, pas un poids abandonné à lui-même. Notre dossier sur l'arrêt d'un traitement GLP-1 et la reprise de poids détaille ces données.

La Haute Autorité de santé le formule à sa manière dans son guide du parcours de soins de l'obésité. Elle demande aux soignants d'aider la personne à comprendre la baisse des dépenses énergétiques et les adaptations hormonales liées à la perte de poids, et de lui expliquer que la stabilisation est déjà un succès en soi.

Vrai plateau ou simple palier

Tous les arrêts de la balance ne sont pas des plateaux. Le poids varie d'un jour à l'autre avec l'eau, le sel, le transit, le cycle menstruel, et deux ou trois semaines sans changement ne disent pas grand-chose. Une tendance se lit sur plusieurs semaines, de préférence avec des pesées faites dans les mêmes conditions.

Le chiffre lui-même est un indicateur partiel. Le tour de taille, l'essoufflement à l'effort, la tension ou le bilan sanguin peuvent continuer de s'améliorer alors que le poids ne bouge plus. Ce sont ces éléments, autant que la balance, que le médecin regarde.

Ce qui dépend de l'assiette et du mouvement

Le plateau est un bon moment pour s'occuper de ce que la balance ne mesure pas, à commencer par le muscle. Dans une sous-étude de SURMOUNT-1, un quart environ du poids perdu sous tirzépatide était de la masse maigre (Diabetes, Obesity and Metabolism, 2025). Les protéines contribuent au maintien de la masse musculaire, et le renforcement musculaire reste le moyen le plus direct de l'entretenir. Voir notre article sur les protéines sous traitement GLP-1.

L'activité physique a aussi des effets que le poids ne résume pas. Dans un essai danois publié dans le New England Journal of Medicine en 2021, l'association d'un programme d'exercice et de Saxenda (liraglutide) a réduit le pourcentage de masse grasse de 3,9 points, environ deux fois plus que l'exercice seul ou le médicament seul. Seule cette association a amélioré la condition cardiorespiratoire et la sensibilité à l'insuline.

Un écueil, à l'inverse : réduire encore les portions pour « relancer » la perte. Quand l'appétit est déjà faible, manger moins expose surtout à manquer de protéines, de vitamines et de minéraux, sans garantie sur la balance. Notre guide que manger sous traitement GLP-1 donne des repères.

Ce qui se discute avec le médecin

Tout ce qui touche au traitement lui-même relève de la consultation : la dose, le rythme, un éventuel changement de molécule, la poursuite ou l'arrêt. Ces décisions dépendent de l'état de santé, de la tolérance et de l'objectif fixé au départ, et aucune ne se prend seul. La notice de Wegovy le rappelle : on n'arrête pas ce médicament sans avoir consulté son médecin.

Le guide de la HAS prévoit d'ailleurs ce rendez-vous. En cas de difficulté ou d'objectif non atteint après six à douze mois, il recommande de réévaluer la situation dans son ensemble, avec si besoin l'avis d'un médecin spécialiste de l'obésité.

Arriver avec quelques éléments aide : la courbe de poids des deux derniers mois, une idée de ce que l'on mange sur trois ou quatre jours, le niveau d'activité, le sommeil, les médicaments pris par ailleurs. Et une question simple à poser en retour : l'objectif de départ était-il de continuer à perdre, ou de tenir ce qui a été perdu ?

Questions fréquentes

Pourquoi ne perd-on plus de poids sous traitement GLP-1 ?

Parce qu'un corps plus léger dépense moins d'énergie et que l'organisme augmente l'appétit à mesure que le poids baisse. Le traitement atténue cette réaction sans l'annuler, et le poids finit par s'équilibrer à un niveau plus bas.

Au bout de combien de temps le plateau arrive-t-il ?

Cela varie beaucoup d'une personne à l'autre. Dans les essais, la perte ralentit nettement au cours de la première année, et un modèle publié en 2024 situe le plateau moyen attendu autour de deux ans pour le sémaglutide et le tirzépatide.

Un plateau signifie-t-il que le traitement ne fonctionne plus ?

Non. Les essais d'arrêt montrent que le poids remonte quand le traitement est interrompu, ce qui indique qu'il continuait d'agir. Au plateau, il maintient la perte obtenue.

Faut-il augmenter la dose en cas de plateau ?

Seul le médecin prescripteur peut en juger, en fonction de la dose en cours, de la tolérance et de l'objectif. Aucune modification de dose ne se décide seul.

Combien de temps dure un plateau ?

Il n'a pas de durée type, puisqu'il correspond au nouvel équilibre du poids sous traitement. Si l'objectif fixé avec le médecin n'est pas atteint après plusieurs mois, la HAS recommande de réévaluer la situation dans son ensemble.

Le sport permet-il de sortir d'un plateau ?

L'activité physique modifie surtout la composition du corps et la condition physique, davantage que le chiffre sur la balance. Dans un essai associant exercice et liraglutide, c'est la combinaison des deux qui a le plus réduit la masse grasse.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.