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Effets secondaires des GLP-1 : du plus fréquent au plus rare

Les notices de Wegovy, Mounjaro et Ozempic classent leurs effets indésirables par fréquence. Lues côte à côte, elles montrent ce qui touche presque tout le monde, ce qui reste rare, et les signes qui imposent de consulter.

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  • Edouard Lefevre
Effets secondaires des GLP-1 : du plus fréquent au plus rare

Entre le 1er août 2023 et le 31 janvier 2025, les centres de pharmacovigilance français ont enregistré 376 cas graves chez des personnes traitées par un analogue du GLP-1, dont 140 dans le traitement de l'obésité. L'ANSM, qui a publié ce bilan en janvier 2026, en tire une conclusion en deux temps : les effets secondaires des GLP-1 existent, la plupart figurent déjà dans les notices, et le rapport entre bénéfices et risques reste favorable quand le médicament est utilisé dans son indication.

Ce guide part des textes officiels. Nous avons relu les résumés des caractéristiques du produit et les notices de Wegovy (sémaglutide), de Mounjaro (tirzépatide) et d'Ozempic (sémaglutide), tels que les publie l'Agence européenne des médicaments, puis les deux grands essais menés dans l'obésité et les points de surveillance de l'ANSM. Il donne la vue d'ensemble de la classe ; chaque médicament a ensuite son propre article.

376cas graves déclarés en France en dix-huit mois, toutes indications confondues (ANSM)
43,9 %des participants ont eu des nausées sous Wegovy dans les essais, contre 16,1 % sous placebo
1 sur 10 000au plus : la fréquence de l'atteinte du nerf optique décrite sous sémaglutide

Pourquoi le ventre parle en premier

Les effets les plus courants sont digestifs, et cela découle du mode d'action. Ces médicaments ralentissent la vidange de l'estomac et agissent sur les centres de l'appétit : le repas reste plus longtemps en place, la faim recule. La notice de Wegovy inscrit d'ailleurs le « retard dans la vidange de l'estomac » dans sa liste d'effets indésirables.

Nausées, diarrhées, vomissements, constipation et douleurs abdominales forment le tableau habituel. Les trois résumés des caractéristiques du produit s'accordent sur leur calendrier : ils surviennent surtout pendant la période où la dose augmente, puis s'atténuent. Celui de Wegovy précise que la plupart des épisodes sont d'intensité légère à modérée et de courte durée.

Une conséquence mérite d'être connue. Vomissements et diarrhées font perdre de l'eau, et les notices demandent d'éviter la déshydratation en buvant beaucoup, avec une attention particulière chez les personnes dont les reins sont fragiles.

Les effets secondaires des GLP-1 classés par fréquence

Les notices européennes emploient toutes la même échelle. « Très fréquent » désigne un effet qui touche plus d'une personne sur 10 ; « fréquent », jusqu'à une personne sur 10 ; « peu fréquent », jusqu'à une sur 100 ; « rare », jusqu'à une sur 1 000 ; « très rare », jusqu'à une sur 10 000. Quand les données ne permettent pas d'estimer, la notice écrit « fréquence indéterminée ».

Voici comment les trois médicaments rangent les effets dont on parle le plus.

Effet indésirable Wegovy (sémaglutide) Mounjaro (tirzépatide) Ozempic (sémaglutide)
Nausées, diarrhées Très fréquent Très fréquent Très fréquent
Vomissements, constipation Très fréquent Très fréquent dans le contrôle du poids, fréquent dans le diabète de l'adulte Fréquent
Fatigue Très fréquent Fréquent Fréquent
Calculs biliaires Fréquent Peu fréquent Fréquent
Perte de cheveux Fréquent Fréquent dans le contrôle du poids Non listée
Pancréatite aiguë Peu fréquent Peu fréquent Peu fréquent
Réaction allergique sévère Rare Rare Rare
Atteinte du nerf optique (NOIAN) Très rare Non listée Très rare
Occlusion intestinale Fréquence indéterminée Non listée Fréquence indéterminée

Ce tableau ne classe pas les médicaments entre eux. Les fréquences viennent d'essais différents, menés chez des personnes différentes : diabétiques de type 2 pour Ozempic, adultes en situation d'obésité ou de surpoids pour Wegovy, les deux pour Mounjaro. Une même molécule, le sémaglutide, n'obtient d'ailleurs pas le même classement dans ses deux notices.

Ce que montrent les deux grands essais

Dans les essais, les troubles digestifs concernent une large part des participants, mais peu d'entre eux arrêtent le traitement pour cette raison.

L'essai STEP 1, publié dans le New England Journal of Medicine en 2021, a suivi 1 961 adultes sans diabète pendant 68 semaines. Ses auteurs décrivent les nausées et les diarrhées comme les événements les plus courants sous sémaglutide, le plus souvent passagers. Les arrêts de traitement pour cause digestive ont concerné 4,5 % des participants traités, contre 0,8 % sous placebo. Le détail, effet par effet, se trouve dans notre article sur les effets secondaires de Wegovy.

SURMOUNT-1, paru dans le même journal en 2022, a inclus 2 539 adultes sous tirzépatide ou placebo pendant 72 semaines. Même constat : des effets surtout digestifs, d'intensité légère à modérée pour la plupart, concentrés sur la période d'augmentation des doses. Selon le groupe, 4,3 à 7,1 % des participants traités ont arrêté à cause d'un événement indésirable, contre 2,6 % sous placebo. Nous y revenons dans l'article consacré à Mounjaro.

Un essai décrit une population choisie et suivie de près. Il renseigne bien sur ce qui est courant, moins bien sur ce qui est rare. C'est le rôle de la pharmacovigilance, qui continue après la mise sur le marché.

Ce qui tient autant à l'amaigrissement qu'au médicament

Une partie des effets recensés accompagne la perte de poids rapide, quelle qu'en soit la cause. Les calculs biliaires en sont l'exemple le mieux documenté : le résumé des caractéristiques de Mounjaro note que, dans les essais consacrés au poids, les événements aigus de la vésicule étaient corrélés à l'ampleur de la perte de poids.

La chute de cheveux suit la même logique. Dans les essais de Wegovy, elle a été rapportée par 2,5 % des participants traités contre 1,0 % sous placebo, plus souvent chez ceux qui avaient perdu au moins 20 % de leur poids. La plupart ont récupéré tout en poursuivant le traitement.

Le cœur, enfin, bat un peu plus vite. Les documents de Wegovy rapportent une hausse moyenne de 3 battements par minute dans les essais, et la notice classe le « rythme cardiaque rapide » parmi les effets peu fréquents.

Rares, mais à connaître

Quatre effets graves reviennent dans les notices. Leur rareté ne dispense pas de savoir les reconnaître.

La pancréatite aiguë, une inflammation du pancréas, est classée « peu fréquente » pour les trois médicaments. Dans les essais de Wegovy, elle a été confirmée chez 0,2 % des participants traités et moins de 0,1 % de ceux sous placebo.

Les réactions allergiques sévères, de type anaphylaxie ou angiœdème, sont classées « rares ».

L'atteinte du nerf optique appelée NOIAN est la plus récente. En juin 2025, le comité de pharmacovigilance de l'Agence européenne des médicaments a conclu qu'il s'agit d'un effet « très rare » du sémaglutide. D'après les études qu'il a examinées, le risque serait environ doublé chez les adultes diabétiques de type 2 exposés, soit à peu près un cas supplémentaire pour 10 000 personnes traitées pendant un an. La notice de Mounjaro ne la mentionne pas.

L'occlusion intestinale, enfin, figure dans les deux notices du sémaglutide avec une fréquence indéterminée, sur la base de signalements reçus après la commercialisation.

Deux situations concernent les personnes diabétiques. L'association avec un sulfamide hypoglycémiant ou une insuline augmente le risque d'hypoglycémie, et c'est au médecin d'adapter ces traitements. Les complications d'une rétinopathie diabétique existante sont classées « fréquentes » dans les notices du sémaglutide.

Dernier point, valable pour tous : avant une anesthésie générale ou une sédation profonde, les notices demandent de signaler le traitement, parce qu'un estomac qui se vide lentement peut encore contenir des aliments.

Les signes qui doivent faire consulter sans attendre

Les notices désignent précisément les symptômes qui ne se gèrent pas seul. Les voici, avec la conduite qu'elles indiquent.

Ce que l'on ressent Ce que demande la notice
Une douleur intense et persistante au niveau de l'estomac, qui peut gagner le dos Consulter immédiatement un médecin : ce peut être une pancréatite aiguë
Des difficultés à respirer, un gonflement rapide du visage, des lèvres, de la langue ou de la gorge, des difficultés à avaler, le cœur qui s'emballe Demander une aide médicale en urgence : ce peut être une réaction allergique sévère
Une perte soudaine de la vision ou une vue qui se dégrade rapidement (sémaglutide) Contacter immédiatement son médecin
Une constipation sévère avec douleurs, ballonnements et vomissements (sémaglutide) Signalé comme effet grave : un avis médical rapide s'impose
Sous traitement du diabète : sueurs froides, tremblements, confusion, faim brutale, somnolence Signes d'hypoglycémie : appliquer la conduite fixée avec le médecin

En France, le 15 répond à toute heure. Pour le reste, vomissements qui durent, impossibilité de boire, malaise en se levant, le bon réflexe est d'appeler son médecin ou de passer voir son pharmacien, sans attendre le prochain rendez-vous.

Ce que l'ANSM surveille en ce moment

L'agence française suit toute la classe depuis 2019 et a renforcé ce suivi avec l'arrivée des indications dans l'obésité.

Son enquête publiée en janvier 2026 met en avant un signal potentiel de carences nutritionnelles liées à une perte de poids rapide : carence en fer, perte de masse musculaire qui pourrait être plus marquée qu'avec un régime classique, atteinte neurologique par déficit sévère en vitamine B1. L'agence parle bien d'un signal à investiguer et non d'un risque établi. Nous détaillons le sujet dans l'article sur les carences sous traitement GLP-1.

Le même rapport recense 36 cas d'effets indésirables liés à un mésusage pour maigrir, dont 25 graves. La majorité concernait des médicaments obtenus hors du circuit médical, auprès d'un proche, à l'étranger ou sur internet : vomissements sévères ayant conduit à l'hôpital, pancréatites, et un coma hypoglycémique lié à un produit présumé falsifié.

Deux autres dossiers restent ouverts. Des grossesses survenues à l'étranger chez des femmes sous contraception orale et sémaglutide sont examinées par l'ANSM et l'Agence européenne. Quant aux idées suicidaires, le comité européen a conclu en avril 2024 que les données disponibles ne permettaient pas d'établir un lien de causalité avec ces médicaments ; la surveillance continue.

L'ANSM rappelle enfin que l'utilisation pendant la grossesse n'est pas recommandée, et que ces traitements, que tout médecin peut prescrire dans l'obésité depuis le 23 juin 2025, viennent en seconde intention, après l'échec d'une prise en charge nutritionnelle.

À table, des repères simples

Aucun aliment ne supprime un effet indésirable, et les notices ne donnent qu'une consigne : boire suffisamment. Le reste relève du bon sens que partagent les soignants. Des repas plus petits passent mieux dans un estomac ralenti. Manger lentement et s'arrêter dès que la faim cède évite la sensation de trop-plein. Les plats très gras ou très copieux sont souvent les plus mal tolérés les jours difficiles.

Ce sont des repères généraux, pas un protocole. Si les symptômes gênent l'alimentation plusieurs jours de suite, la question se pose au médecin ou au pharmacien. Notre article sur les nausées sous traitement GLP-1 va plus loin sur le contenu de l'assiette.

Reste un geste que les notices encouragent : déclarer. Tout effet indésirable, même absent de la notice, peut être signalé au médecin, au pharmacien, ou directement par le patient au système national de déclaration. C'est de ces signalements que sont nés les ajouts récents aux notices.

Questions fréquentes

Quels sont les effets secondaires les plus fréquents des GLP-1 ?

Les troubles digestifs : nausées et diarrhées sont classées « très fréquentes » dans les notices de Wegovy, Mounjaro et Ozempic, ce qui signifie qu'elles touchent plus d'une personne sur 10. Vomissements, constipation et douleurs abdominales suivent, avec un classement qui varie selon le médicament et l'indication.

Les effets secondaires des GLP-1 disparaissent-ils avec le temps ?

Pour la plupart, oui. Les notices indiquent que les effets digestifs apparaissent surtout pendant la période d'augmentation de la dose et s'atténuent ensuite. Notre article sur la durée des effets secondaires sous Ozempic détaille ce calendrier.

Les GLP-1 sont-ils dangereux pour le pancréas ?

La pancréatite aiguë est un effet indésirable reconnu, classé « peu fréquent », soit jusqu'à une personne sur 100. Une douleur intense et persistante au niveau de l'estomac, qui peut gagner le dos, doit conduire à consulter immédiatement.

Les GLP-1 peuvent-ils abîmer la vue ?

Une atteinte du nerf optique, la NOIAN, a été ajoutée en 2025 aux notices des médicaments à base de sémaglutide comme effet « très rare ». Toute perte soudaine de la vision impose de contacter son médecin immédiatement. Les personnes diabétiques atteintes de rétinopathie font par ailleurs l'objet d'un suivi particulier.

Wegovy, Mounjaro ou Ozempic : lequel donne le moins d'effets secondaires ?

Les notices ne permettent pas de le dire. Leurs fréquences proviennent d'essais distincts, avec des doses et des populations différentes, et ne se comparent pas ligne à ligne. Le choix d'un traitement et son adaptation reviennent au médecin.

Les GLP-1 provoquent-ils des idées suicidaires ?

Le comité de pharmacovigilance européen a examiné la question et conclu en avril 2024 que les données ne permettaient pas d'établir un lien de causalité. Il n'a demandé aucune modification des notices, et le sujet reste surveillé. Tout changement d'humeur inhabituel mérite d'être signalé à son médecin.

Peut-on suivre un traitement par GLP-1 pendant une grossesse ?

Non, les notices l'excluent et l'ANSM rappelle que l'utilisation n'est pas recommandée pendant la grossesse. Un projet de grossesse se prépare avec le médecin, et une grossesse découverte en cours de traitement doit lui être signalée sans délai.

Cet article informe, il ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Ne modifiez jamais un traitement sans en parler à votre médecin.